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LE PLACEMENT FAMILIAL N'EST PAS UNE ADOPTION.
par
Le but du placement
familial est de procurer à l'enfant un milieu de vie familial pendant toute
la période durant laquelle ses parents ne peuvent pas le lui offrir
eux-mêmes.
Le placement familial est
donc provisoire. S'il se prolonge, son objectif est de préparer le jeune à
son intégration sociale tout en l'aidant à accepter son passé et à intégrer
ses différentes attaches familiales.
Comment des parents en
arrivent-ils à demander un placement familial pour leur enfant, ou plus
souvent à y être contraints?
On peut le comprendre en
écoutant l'histoire particulière de ces parents. Parmi eux, on rencontre
des marginaux sociaux qui n'ont jamais connu de vie de famille eux-mêmes et
qui ont rêvé de réparer leur propre vie en réussissant à élever un enfant;
on trouve aussi des personnes limitées mentalement qui ne se sont pas rendu
compte au moment de concevoir l'enfant qu'elles ne seraient pas capables de
l'élever; ainsi que des malades mentaux pour qui l'enfant fait partie de
leur névrose ou de leur psychose; on rencontre également des personnes qui
ont un comportement réprouvé par la société ou néfaste pour l'enfant
(délinquance, prostitution, alcoolisme ou drogue) ...
Tous ces parents ont
souvent "essayé" de vivre avec leur enfant, et cela a échoué. Ils se sont
sentis ou se sont montrés dépassés par la responsabilité matérielle et la
charge affective de l'enfant. Ils ont demandé eux-mêmes ou bien ils ont été
forcés d'accepter la séparation de cet enfant. Ils souffrent souvent de
manière assez massive de leur incapacité, parce qu'ils revivent en tant que
parents ce qu'ils ont eux-mêmes souvent vécu en tant qu'enfant. Ils sont
ambivalents à l'égard de cet enfant dont l'existence et le placement
témoignent de leurs problèmes. Ils focalisent sur eux la réprobation
sociale, et sont tentés de fuir cette situation si angoissante et si
dévalorisante pour eux. A d'autres moments, ils veulent garder emprise sur
leur enfant en marquant leur opposition et en refusant toute collaboration.
Dans notre société, il
est actuellement rare que l'un de ces parents veuille se retirer clairement
et complètement de la vie de son enfant dès que les difficultés
apparaissent, et le donner tout de suite en adoption. Non seulement ils
gardent l'espoir de devenir capables d'assumer l'enfant (ils ont l'espoir
d'évoluer et/ou de guérir) mais aussi ils ne veulent pas que leur enfant
leur reproche un jour de l'avoir abandonné, comme eux-mêmes le reprochent à
leurs propres parents. Ce n'est qu'après un certain nombre de mois ou
d'années que leur position se clarifie. Certains redeviennent aptes à vivre
avec l'enfant et le reprennent à la maison; d'autres acceptent son placement
dans la famille qui l'accueille et y collaborent tant bien que mal; d'autres
encore disparaissent et fuient tout contact avec leur enfant; un certain
nombre, enfin, se retire définitivement et donne son accord pour l'adoption
de l'enfant.
Dans l'accueil, la
réalité et la légitimité des relations parents-enfant sont respectées, même
si cela entraîne une situation peu ordinaire et même paradoxale à vivre pour
chacun.
En effet, les parents
tout en gardant l'autorité parentale et le pouvoir de prendre certaines
décisions importantes pour leur enfant, ont de réelles difficultés à rester
"parents" dans la situation de placement. Quant à l'enfant qui connaît et
porte le nom de ses parents, il ne peut pas s'identifier tout à fait à eux
puisqu'ils se sont montrés incompétents et parfois fautifs à son égard.
Malgré cela, le placement familial va résister à "normaliser" à tout prix la
situation de l'enfant accueilli : on ne va pas éviter les parents de
l'enfant ni gommer ses différences avec sa famille d'accueil; celui-ci va
continuer à porter le nom de ses parents, à recevoir leur visite, à être
suivi par un service social ...
En dehors de cas où il
faut limiter ou interrompre les contacts parents-enfant parce qu'ils sont
contre-indiqués, le placement familial s'efforce de rendre ces contacts
satisfaisants et constructifs pour l'avenir de l'enfant. Si celui-ci a le
droit de conserver sa filiation et des relations avec ses parents de
naissance, il a également le droit de recevoir une aide appropriée pour
pouvoir comprendre et intégrer son histoire particulière (qui n'a pas que
des côtés négatifs); il doit pouvoir compter sur un soutien spécifique pour
aménager ses relations entre sa famille de naissance et sa famille
d'accueil; il doit aussi être assuré de la protection active de ceux qui
l'entourent au cas où les tensions, que sa situation engendre, deviennent
trop fortes pour lui.
Dans l'optique du
placement familial, la famille accueillante devient donc une "parenté
additionnelle" offerte à l'enfant, parenté dont il se nourrit affectivement
pour grandir et devenir adulte. Le placement familial, qui demande beaucoup
d'énergie, de tolérance et de désintéressement à la famille d'accueil, n'est
donc pas un tremplin vers l'adoption, ni une adoption provisoire ou déguisée
: son objectif n'est pas de re-constituer une parenté pour l'enfant, mais de
l'aider à grandir en connaissant ses origines et en les assumant.
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